L’écrivain français Grégory Rateau : « Lisez sur la Roumanie, intéressez-vous à son histoire, venez à la rencontre des Roumains »

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Grégory Rateau est un jeune écrivain amoureux de la Roumanie, né en région parisienne et qui vit actuellement en Roumanie. Après de nombreux voyages et plusieurs années d’errance en Irlande, au Liban puis en Roumanie, il décide de s’installer à Bucarest où il est également le rédacteur en chef d’un média d’informations en ligne https://lepetitjournal.com/bucarest et chroniqueur à la Radio roumaine internationale. De même, il anime des débats lors de festivals pour le réalisateur roumain primé à Cannes, Cristian Mungiu.

Dans un entretien sur ER NEWS, Grégory Rateau témoigne de son attachement à la Roumanie.

ER NEWS : Comment est né votre lien avec la Roumanie ?

Grégory Rateau : Par plusieurs concours de circonstance en réalité. Le premier, ma fiancée est roumaine et libanaise, j’ai donc fait de nombreux treks en Roumanie avec elle, des escapades sur le Danube, des séjours dans sa maison de campagne dans la région d’Arges. Deuxièmement, je fréquentais des journalistes roumains à Paris qui se réunissaient de temps en temps pour discuter ensemble et essayer de faire changer l’image de la Roumanie en France. Troisièmement, la littérature. Je suis un inconditionnel de Cioran mais surtout de l’auteur vagabond, Panaït Istrati. J’ai découvert la Roumanie en suivant ses aventures « autobiographiques »: la quête d’errance et de liberté de son jeune Adrien, double de l’auteur, ses amitiés avec les laissés pour compte, sa passion pour cette littérature qui sauve, viscérale. Istrati est devenu un peu le frère que je n’ai jamais eu.

Comment avez-vous trouvé la Roumanie dès le début ?

Grégory Rateau : Honnêtement, j’ai d’abord été dérouté, surtout en découvrant Bucarest. Une ville chaotique par bien des aspects, avec tous ses blocs, son incohérence architecturale, sa musique abrutissante sur les terrasses du vieux centre, des fils électriques qui pendent et s’entrecroisent dangereusement, cela m’a rappelé le Liban.

La Roumanie plus sauvage m’a ouvert d’autres perspectives, la campagne romaine par exemple, complètement différente de la campagne française, comme si le temps s’y était arrêté, des soirées chez les uns et chez les autres autour d’un bon plat bien arrosé, la montagne et son panorama à couper le souffle, sa tranquillité ; les forêts primaires et sa faune sauvage… des espaces de liberté incroyables où il est encore possible de se perdre pour mieux se retrouver. C’est d’ailleurs le point de départ du récit que j’ai écrit sur la Roumanie « Hors-piste en Roumanie » ensuite traduit en roumain chez Polirom sous le titre « Hoinar prin România. Jurnalul unui călător francez ». Les plages désertes qui bordent le Danube aussi m’ont offert des moments inoubliables de pure contemplation, je pense à Sulina. Le Maramures est une région à ne pas manquer, les gens y sont très accueillants, on trouve encore des artisans travaillant le bois, la région étant très connue pour ses portails taillés aux motifs surprenants.

Cela a changé au cours des années ?

Grégory Rateau : Absolument, essentiellement au travers de notre média, https://lepetitjournal.com/bucarest qui est devenu la référence en français pour promouvoir la Roumanie autrement. On essaye de couvrir tout le territoire, de relayer quotidiennement l’information, de parler de culture, de faire des interviews de tous les acteurs qui comptent en Roumanie ou dans la diaspora roumaine à l’étranger et qui nous suit également beaucoup. C’est une belle aventure, en seulement 3 ans nous avons presque atteint le million de pages vues. Une force pour dépasser les a priori et faire connaître la Roumanie autrement. Je dois cette opportunité aussi à mes investisseurs : Christian Derveloy, Dana Gruia Dufaut et Grégoire Vigroux que je remercie de tout cœur. On propose aussi des escapades découvertes pour inviter les gens à voyager autrement. J’ai aussi été invité partout avec mes livres, des tournées dans des librairies, des Instituts, des universités de villes magnifiques telles que Iasi, Timisoara, Cluj, Sibiu… J’y ai rencontré une grande vitalité culturelle et des étudiants passionnés.

On peut dire sans doute que vous êtes un jeune écrivain amoureux de la Roumanie. Votre livre « Hors-piste en Roumanie » a été sélectionné pour le prix Pierre Loti du meilleur récit de voyage en 2017 et a fini premier du Top 4 des meilleurs livres de la rentrée 2019 selon la revue « Observator cultural ». Comment avez-vous vécu ces moments ?

Grégory Rateau : Oui, je le suis. J’ai surtout choisi de vivre en Roumanie pour me consacrer à l’écriture. Au travers du média d’abord, je continue à écrire sur la Roumanie. A côté, j’ai écrit un roman aux Editions Maurice Nadeau, « Noir de soleil » dont l’une des protagonistes est justement roumaine, il s’agit de l’éditeur parisien qui a découvert cet écrivain roumain culte que j’adore, Max Blecher, et publié son magnifique « Aventures dans l’irréalité immédiate ». Deux nouveaux romans sont actuellement en préparation. Ici, je vis loin du cercle parisien, je ne suis pas affecté par ce que font ou disent les uns et les autres, je peux m’isoler et me concentrer pleinement sur mon travail d’écriture. Je suis également conscient qu’au travers du journalisme, je peux me rendre un peu utile et montrer un visage différent des Roumains à mes compatriotes.

5 novembre 2020, salle de l’ambassade de Roumanie à Paris où Grégory Rateau a été invité par l’ambassadeur de Roumanie en France pour présenter ses livres devant 230 personnes
5 novembre 2020, salle de l’ambassade de Roumanie à Paris // Grégory Rateau présente ses livres devant 230 personnes

Parmi tous les lieux que vous avez visité en Roumanie, lesquels vous tiennent le plus à cœur et pourquoi ?

Grégory Rateau  : J’ai un attachement particulier pour la campagne roumaine car nous avons une maison de famille près de Topoloveni. J’ai trouvé comme une seconde famille là-bas. Je me rends souvent sur place pour écrire, pour me ressourcer.

Amoureux des treks, je suis également très attaché à la montagne, particulièrement les montagnes Fagaras qui ont représenté pour moi un défi de taille car tout y était verglacé et ma compagne et moi étions malades sur tout le trajet. Parfois, les pires expériences deviennent rétrospectivement les plus enrichissantes. J’ai également de beaux souvenirs du Danube. Je me rends chaque année au festival Pelicam qui fait la promotion de la région et propose toute une sélection de films engagés sur le thème de l’environnement.

Quelle est l’image de la communauté roumaine en France ?

Grégory Rateau  : Elle évolue doucement mais globalement elle n’est pas très bonne je ne vous le cache pas. On s’emploie chaque jour à changer cela, que faire d’autre. Les grands médias français ne s’intéressent pas à la Roumanie, l’urgence pour eux est ailleurs.

Pourquoi la Roumanie est si peu connue en France?

Grégory Rateau  : La France est parfois très ethnocentrée. La Roumanie n’est pas un pays touristique ceci explique donc cela. Au travers de l’art, les Français font pourtant la promotion de toutes les cultures. Le cinéma roumain est d’ailleurs représenté à Cannes chaque année où il revient presque systématiquement couvert de prix.

J’ai été sélectionné avec mon livre à la Saison France-Roumanie qui a eu lieu à Paris. Je l’ai vu, les gens étaient très curieux de découvrir ce pays, durant la soirée les clichés ont volé en éclat. On doit donc devenir, chacun à notre petite ou grande échelle, de meilleurs ambassadeurs de ce pays. Dernièrement, France Inter et Europe 1 m’ont également demandé de parler de la Roumanie.

https://www.europe1.fr/emissions/le-mot-du-jour/gregory-rateau-raconte-sa-roumanie-3985613

Les choses avancent petit à petit comme vous le voyez, il faut être un peu patient et se montrer rigoureux et ouvert au dialogue.

Quel est le message que vous souhaitez faire passer aux Français concernant la Roumanie ?

Grégory Rateau  : Lisez sur la Roumanie, intéressez-vous à son histoire. Venez à la rencontre des Roumains en France mais surtout en Roumanie. Explorez le territoire du nord au sud, d’est en ouest loin de tous les circuits balisés et lisez surtout notre média pour vous y aider (rires).

Propos recueillis par Elena Robu

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