La France, terre d’accueil: Le parcours d’Olga Untilov, une moldave qui obtient un doctorat en France

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« Du pays qui n’existe pas à l’obtention d’un doctorat en France ». C’est bref le parcours d’Olga Untilov, une moldave née en Transnistrie, un pays faux, non reconnu, faisant partie de la République de Moldavie.

Olga est partie en Roumanie pour faire ses études de licence. Une fois la licence finie, elle est venue en France pour faire le master et après commencer la vie d’adulte et travailler. Sauf qu’elle a eu la chance de continuer ses études avec un doctorat.

Contactée par le portail d’actualité ER NEWS France, Olga Untilov raconte son parcours semé d’embûches, de courage et de réussite !

Mon parcours d’émigration avait commencé même avant que je rejoigne la France

Tout d’abord, je suis partie en Roumanie, tout de suite après mon baccalauréat, pour faire des études
en licence. Une fois que j’ai fini ma licence à l’Université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca (Roumanie), j’ai
eu envie de continuer mes études avec un master et c’était assez naturel de partir en France.

C’était naturel pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce que ma famille, mes parents et mon frère, vivaient déjà en France à ce moment-là et c’était la seule occasion pour nous de revivre à 4 depuis que mon papa était parti travailler à l’étranger (j’avais 6-7 ans quand il est parti pour la première fois pour travailler au Portugal ; avant cela, il partait régulièrement au travail en Russie). La seconde raison est le fait que le français était la seule langue étrangère que j’ai pu
apprendre à l’école et aussi au long de ma licence. Même si je ne me sentais pas 100% confiante de mon français, c’était plus évident de faire ses études en France que disons en Italie – où il y aussi une concentration de moldaves assez importante. Et la troisième raison est le fait que ça faisait vraiment rêver l’idée de pouvoir continuer ses études en France. L’amour pour la France m’a été imprégné pendant plusieurs années par ma professeure de français à l’école, Madame Melenciuc. J’avais toujours une image positive de la France en général, et de l’enseignement supérieur français plus particulièrement.

Je ne peux pas dire que les études en Roumanie manquaient de rigueur

Mais je sais que je m’appliquais beaucoup plus pendant mon master en France que pendant ma licence en Roumanie. C’est certainement dû au fait que je ne maîtrisais pas encore assez bien la langue
française. Donc il ne fallait pas seulement apprendre la comptabilité ou les finances, mais aussi les apprendre en français. Les premiers partiels en France étaient les plus durs – je n’ai pas dormi pendant une semaine. En Roumanie, j’étais habituée à avoir les partiels dispersés sur 2 semaines, avec 1, maximum 2, examens par jour. En France, j’ai eu tous les partiels concentrés sur 4 jours et pendant le premier jour – 4 examens à la suite ; cela n’étant pas le cas pour toutes les Universités et facultés.

Actuellement je suis Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche (ATER) à l’Université Jean Moulin Lyon 3

C’est un contrat assez standard à la suite de 3 ans de doctorat. Avant être enseignant à l’Université Lyon 3, j’avais déjà une expérience d’enseignement à l’Université Savoie Mont Blanc où je continue à faire ma thèse. Je suis donc doctorante en 4eme année de thèse, ce qui me permet de faire à la fois de la recherche et de l’enseignement. J’enseigne principalement du marketing, mais aussi de matières en économie.

L’expérience TEDx, elle m’a beaucoup motivée d’aller plus loin, de réussir d’autres « défis »

Même si je n’étais pas sûre au départ de l’intérêt de mon discours, mon amie – d’origine française – m’a rassurée que mon histoire était inspirante. J’espère avoir pu motiver d’autres personnes qui se retrouvent en difficulté de ne pas abandonner leurs objectifs, surtout si ces objectifs sont liés à l’envie d’apprendre. Donc, cette expérience m’a permis pas seulement de passer un message sur l’importance de la persévérance, mais aussi faire connaître mon pays, même si c’était à travers d’une perspective moins positive.

Née en Transnistrie, un pays faux

J’avoue que je ne raconte pas que des belles choses par rapport à la Transnistrie parce que je ne garde pas un bon souvenir de mon enfance et surtout de mes années d’école là-bas. Quant à la Moldavie, j’aime parler de nos traditions, de notre peuple, notre cuisine et l’atmosphère particulière de nos villages.

En arrivant en France, je cherchais avant tout de m’intégrer dans la société française

Quand je suis arrivée en France, je ne connaissais pas d’autres moldaves ou roumains, tout simplement pas d’autres personnes à part ma famille. Et très sincèrement, je n’ai pas cherché à m’identifier avec notre diaspora. Pour interpréter les choses correctement, je n’ai pas d’avis négatif sur les moldaves ou les roumains qui ont émigré en France, et je n’essaie pas de les éviter.

Mais, en arrivant en France, je cherchais avant tout de m’intégrer dans la société française pour améliorer mon français, et aussi pour comprendre toute la bureaucratie française – et ce n’est pas facile. Le fait d’avoir été la seule étudiante étrangère, venue d’un pays non-francophone dans ma classe, m’a certainement facilité cette intégration. Je n’avais pas le choix je devais parler qu’en français. Et c’était payant. J’avais des bonnes notes pendant mon master, ce qui m’a aidée à décrocher le contrat de doctorat. De plus, l’intégration dans la société française m’a permis d’obtenir la nationalité française assez rapidement.

Encore une fois, je tiens à mentionner que je ne cherchais pas à éviter les personnes moldaves ou roumaines, bien le contraire. Par exemple, si des étudiants venus de notre/nos pays me demandait de l’aide pour des questions administratives ou toute autre chose – j’étais contente de les aider. Et actuellement j’ai des amis/connaissances moldaves et roumaines. Mais ce n’était pas mon objectif primaire de rester entourée que par des personnes de mon origine.

Ici, en France, rien n’a été plus difficile que l’impuissance qu’on vivait en Transnistrie

Mon plus grand rêve concernant la Moldavie? C’est une question difficile car je comprends qu’à priori aucun de mes rêves majeurs liés à la Moldavie n’est pas réalisable, ou au moins dans les proches années à venir. Dans tous les cas, si on évite tout le contexte politique qui m’a d’ailleurs déterminée de quitter mon pays, mon plus grand souhait serait que la Moldavie garde ses traditions, l’humilité de son peuple, et l’écosystème tout particulier de sa campagne car « l’éternité est née au village » (Lucian Blaga, poète roumain).

Propos recueillis par Elena Robu

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